Max Kemkoye plaide pour les martyrs du 20 octobre

Article : Max Kemkoye plaide pour les martyrs du 20 octobre
Crédit: Max Kemkoye
16 juillet 2024

Max Kemkoye plaide pour les martyrs du 20 octobre

Après les élections présidentielles très contestées par l’opinion nationale et internationale, l’heureux élu, le prince désormais intronisé roi, décida de remercier le médiateur de la crise politique au Tchad, le Congolais Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Son Excellence Mahamat Idriss Déby Itno (MIDI), sans surprise, déroula le 24 juin un tapis rouge à son homologue. Le jour suivant, pour mettre la cerise sur le gâteau, il le félicita pour le rôle dit-on primordial qu’il avait joué pour le maintien au pouvoir ou plutôt pour ce que le camp présidentiel appelle une « élection réussie ».  Le principal opposant Dr Succès Masra qui n’avait pas reconnu sa défaite à l’issue de ce « derby électoral » dit « désert électoral » par une frange partie de l’opposition, au lieu de saisir l’occasion pour marteler haut et fort qu’il est le « vrai vainqueur » du scrutin, vint se plier en deux aux pieds du pseudo médiateur pour qu’il plaide auprès du désormais héritier du trône familial sa protection et la libération de ses militants arrêtés après le 06 mai (date de la présidentielle). C’est dans ce scénario incongru, farfelu, asymétrique et bancal que nous, observateurs objectifs à travers notre outil de prise de tempérament, sommes-nous introduits, vers la fin d’une de ces quatre matinées, au bureau national du parti Union des démocrates pour le développement et le progrès (UDP) sous un ciel bleuâtre parsemé de quelques nuages tantôt grisâtres tantôt cotonneux. L’accueil fut convivial. Nous vous invitons à suivre attentivement cet entretien explosif et retentissant.

Bonjour Président. S’il vous plaît, veuillez-vous présenter à nos auditeurs ou plutôt nos lecteurs.

Max Kemkoye: Je m’appelle Max Kemkoye, Président national du parti Union des Démocrates pour le développement et du Progrès (UDP) et porte-parole du GCAP (Groupe de Concertation des Acteurs Politiques).

A l’issue de la présidentielle du 06 mai 2024, la page de la transition est définitivement tournée, Mahamat Idriss Déby Itno (MIDI) est désormais le Président démocratiquement élu. Suite à cette brillante élection (61%), il vient d’élever le médiateur dans la crise politique tchadienne, Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi à la dignité du Grand-Croix de l’Ordre National. D’après vous, la transition a-t-elle été une réussite ?

Max Kemkoye: Avant de répondre à votre question, je voudrais que nous parlions de la légitimité du président MIDI. Sachez que Mahamat Déby n’a jamais été élu. De notre point de vue, Déby fils demeure toujours candidat. Pour une élection dont le taux de participation atteint à peine 12,5% (un million d’électeurs sur une population électorale de plus de huit millions). Rien que ce très faible taux de participation est suffisant pour invalidé un tel scrutin. En d’autres termes, MIDI est un usurpateur de titre. Il faut rappeler les conditions dans lesquelles il est arrivé au pouvoir. Il a pris le pouvoir par les armes. Nous vous rappelons que pour cette élection, le GCAP (un groupe de 11 partis d’opposition) avait milité pour le boycott en allant dans le Tchad profond. Au sud du Tchad, nous avons constaté la présence d’un armement lourd pour intimider les populations de cette partie. C’est ce qui s’est traduit par des tirs sporadiques dès la proclamation de MIDI comme président, le 09 mai. Jusqu’aujourd’hui, les statistiques macabres de ces tirs à balles réelles sur l’ensemble du territoire ne sont pas connues. Ceci était une stratégie d’intimidation pour que le lendemain matin (le 10 mai), personne ne sorte pour contester les résultats. Une victoire électorale n’est pas une guerre contre un ennemi. Donc, pourquoi des tirs en l’air ? Tous les actes posés par MIDI jusqu’aujourd’hui sont tout simplement insensés.

Pour répondre à votre question, sachez que le Président congolais Tshisekedi (je ne sais pas si c’est comme ça la prononciation) est un ami de MIDI. Félix est l’imprésario, le lobbyiste en chef de MIDI auprès de ses pairs chefs d’Etat et de la communauté internationale. C’est lui qui plaide pour ses causes auprès des bailleurs de fonds. L’élection de Mahamat est toujours vue d’un mauvais œil par une grande partie de la communauté internationale. Félix est tout simplement revenu assurer le service après-vente : bâtir une passerelle pour que Mahamat soit reconnu à travers une élection la plus démonétisée et frauduleuse de toute l’histoire politique et institutionnelle du pays. En vérité, Félix Antoine ne mérite pas d’être élevé à ce rang car MIDI n’a même pas les compétences pour comprendre les critères qu’il faut remplir pour être hissé à ce niveau. Nous exhortons les Tchadiens à rebaptiser l’Avenue dédiée au Président Félix Antoine Tshisekedi aux noms de tous les martyrs du « jeudi noir » (20 octobre).

Les Transformateurs, malgré la contestation des résultats de la présidentielle, se sont rendus auprès du Président Félix. Une telle attitude n’est-elle pas une insulte envers le peuple tchadien ?

Max Kemkoye : Franchement, je ne veux pas commenter les actes enfantins des Transformateurs car une moindre critique de ma part contre eux me vaut tant de qualificatifs (jalousie). Entre lui (Dr Succès Masra) et moi, il n’y a pas photo. Celui qui vient de débuter une carrière politique, qui s’est mélangé les pinceaux, etc. n’est pas à comparer avec un doyen. En tout cas, je ne veux pas commenter leur comportement. Ils se plaignent déjà trop donc il ne faut pas que j’intensifie leur douleur au point de les pousser au suicide collectif. Que les Transformateurs s’en prennent à eux-mêmes.

Le fils Mahamat succède à son père Déby, êtes-vous surpris ? Si le tout nouveau locataire du Palais Toumaï vous invite dans le prochain gouvernement, êtes-vous prêt à aller changer les choses de l’intérieur ?

Max Kemkoye : Nous ne sommes pas surpris par la confiscation du pouvoir par MIDI. C’est ce que nous (GCAP) avons vu étant assis (boycott) mais malheureusement les autres ne l’ont pas vu dans leur agitation (participation aux élections). Certains ont considéré l’élection présidentielle au Tchad comme une série télé en acceptant de participer aux élections tout en espérant qu’à la fin la tristesse sera épongée et la vérité des urnes triomphera. C’est très mal connaitre la politique tchadienne, surtout lorsqu’on est novice dans cette compétition. Le GCAP savait déjà à quoi va ressembler l’issue de la présidentielle tchadienne. MIDI perdra les élections mais par la force des armes, il se maintiendra au pouvoir. Les gens vous disent clairement qu’ils ont pris le pouvoir par les armes. Il sera inadmissible que quelqu’un (un civil) vienne les faire partir par les urnes. Ils n’ont aucune notion de la République, aucune notion de la nation. Ils n’ont que la notion des violences et des armes. Quant à leur invitation à entrer dans le gouvernement, ils l’ont fait à maintes reprises. Nous l’avons toujours classée dans le tiroir. Je n’accepterais cette invitation que dans un cadre légal de dialogue autour des questions d’intérêt général ou commun. S’ils veulent sortir le Tchad de l’ornière, de ce précipice dans lequel ils l’ont précipité avec leur gouvernance bancale et hasardeuse, s’ils ont la bonne volonté, nous sommes prêts. A l’issue de ce dialogue que toutes les conditions que nous avons exigées au « monologue » (DNIS) soient prises en considération. En commençant par la refonte de l’armée, le rôle que doit jouer l’armée pour une vraie démocratie, la garantie de transparence dans les élections, la gouvernance et l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens, … Si toutes ces conditions sont réunies, nous serons prêts à danser au rythme du tambour de « Kaka ».

Connaissez-vous l’activiste Ahmat Haroun Larry ?

Max Kemkoye : Un peu, oui. Je vois qu’il est très actif sur les réseaux sociaux. J’ai partagé avec lui un plateau télévisé autour d’un débat en 2018, je crois. On s’est également rencontré lors d’un colloque scientifique à l’Université Roi Fayçal à N’djaména. Il était venu avec une casquette d’un islamologue. Ç’a failli mal tourner en présence de grands scientifiques et universitaires. C’était notre deuxième rencontre. Il a été exfiltré du panel pour un propos très mal placé. Donc, en dehors de ces rencontres, nous n’avons pas eu un tête-à-tête pour que je puisse dire que je le connais vraiment.

Monsieur Ahmat Haroun Larry a été arrêté à la veille des résultats de la présidentielle pour ensuite être relaxé un mois plus tard sans aucune charge contre lui. Qu’en pensez-vous d’une telle arrestation en pleine période électorale ?

Max Kemkoye : Avant tout, permettez-moi de féliciter tous les activistes, les blogueurs, les acteurs politiques et toutes les voix discordantes qui œuvrent pour la justice sociale au Tchad. Savez-vous que notre pays est un Etat policier depuis 30 ans. Ce même Etat policier s’est métamorphosé en un régime totalitaire depuis trois ans. Et, cela est un mal qui gangrène tout le monde. Ce monsieur, je le suis et l’apprécie lorsqu’il dénonçait l’insalubrité dans la ville de N’djaména et tout ce qui ne cloche pas bien dans la société. Lui et les autres activistes sont les phares de la société civile. Ils sont les égayers de la politique publique. Etant donné que ce système est un régime totalitaire, il ne veut pas une voix discordante. D’où les multiples tentatives d’assassinat et arrestations qu’il a subies. Ils ont fini par mettre la main sur lui. Il aurait été détenu dans les locaux des services de renseignements généraux ou de l’ANS. Dieu merci, s’il a été relaxé sans sévices quelconques. Ce que je voudrais qu’il sache est qu’il ne se taise pas après son arrestation (les menaces, les intimidations, …) car c’est ce que le pouvoir de Mahamat souhaite. Il faut qu’il continue à accomplir ce travail humaniste (droits de l’Homme) en faveur de la société civile. Si par hasard, il freine après son incarcération, ceci constituera un mauvais signe pour lui et le peuple qui le soutient. Jeter l’éponge équivaut à donner raison au camp d’en face.

Quelle était votre relation avec le feu président du PSF (Parti Socialiste sans Frontières), Monsieur Yaya DILLO ?

Max Kemkoye: Nos relations étaient excellentes ! Nos rapports étaient impeccables ! On ne s’appelait pas par nos noms. On se tutoyait et s’appelait « Mon frère ». Parfois, il m’appelait « Maître ». On ne s’appelle pas par nos titres (statuts). On n’a jamais eu une prise de langues avec mon frère défunt Yaya Dillo. Notre dernière rencontre était le 24 février 2024, on a eu un échange téléphonique le 26 février. On devrait se rencontrer le 27 février mais question d’agenda je n’avais pas pu honorer au rendez-vous. Toutefois, j’avais mandaté deux éléments de mon parti pour une rencontre avec Dillo. Le 28 février, on avait une réunion à 500 mètres du siège de son parti. Subitement, toutes les rues aux alentours étaient barricadées, il était impossible d’aller et venir. Son siège était quadrillé. Il était impossible pour lui de nous joindre. Nous, non plus ne pouvions pas faire un pas vers lui. Il m’était impossible de faire sortir ma voiture que j’ai dû abandonner sur le lieu car les forces de Mahamat Déby nous sommaient de quitter le lieu. Ils s’apprêtaient à faire un assaut musclé sur le siège du parti PSF. Nous étions dispersés et avions quitté le local à pied. Nos chauffeurs avaient pu extirper nos voitures des heures plus tard. Pour finir, sachez que nos relations avec mon frère Dillo étaient chaleureuses et cordiales.

Après la mort de Yaya Dillo, une enquête dite de type international a été lancée. Connaissez-vous la suite de cette enquête ?

Max Kemkoye : Non. C’est du bleuf ! Au-delà du bleuf, c’est de la tartuferie gouvernementale. Comment voulez-vous que les gens qui tuent en plein jour en pleine capitale puissent faire la lumière sur leurs propres actes macabres ? Savez-vous que bien avant qu’il y ait un raid de ce genre, il faut qu’il y ait une réquisition ? Elle se fait par décret. Je crois savoir que c’est le Président MIDI lui-même qui avait pris un décret pour requérir l’intervention de l’armée et en même temps ordonner le raid du siège national du PSF au cours duquel Yaya Dillo a lâchement été tué. Donc, quelle enquête de type international dont le gouvernement est partie prenante parle-t-on ? Ce n’est pas possible ! Il n’y absolument rien. D’ailleurs, il n’y a jamais eu une enquête de type international. Soit l’enquête est nationale soit elle est internationale. Il n’y a jamais une enquête de type international. Ils ont décidé de jouer sur les mots pour endormir les gens notamment la communauté internationale et les pays amis qui ne disent rien. Ils ont rasé et essoufflé le siège du parti de Yaya et croient que c’est fini. Ils se trompent car pour qu’un épi porte de graines, il faut qu’une graine meurt. La mort de Dillo va faire germer plusieurs autres Dillo.

Ce dernier temps le taux d’insécurité a grimpé à N’djaména et par extension sur l’ensemble du territoire national, qu’est-ce qui explique ces tueries en série ?

Max Kemkoye : C’est l’incapacité du gouvernement et de MIDI à protéger les Tchadiens. Dit-on qu’il s’est emparé du pouvoir au nom de la sécurité. Où en sommes-nous aujourd’hui ? La police nationale, la gendarmerie nationale, l’armée, la garde prétorienne comme DGSIE, on vient d’en créer une autre appelée FIR, toutes ces forces sont pour la sécurité exclusive de Mahamat Déby. Autrement dit, elles ne sont pas là pour la sécurité d’un lambda Tchadien. Le constat est là, vous pouvez être agressé(e) au crépuscule sous les regards des policiers impuissants. Toutes ces différentes forces existent pour le maintien de MIDI et de son clan aux affaires.

Vous n’avez pas pris part à la présidentielle à cause du manque de transparence. Etant donné que la même équipe qui avait supervisé les élections précédentes se chargera des législatives, allez-vous toujours opter pour le boycott ?

Max Kemkoye : Bien sûr. Il faut que je précise une chose. Nous avons investi un candidat qui devrait représenter le GCAP à la présidentielle. Mais, cette candidature a été purement et simplement invalidée pour des raisons non fondées. Sachant qu’en face de cette coalition, c’est le K.O à coup sûr, ils en ont décidé autrement. Nous ne pourrons participer à ces élections que si les conditions d’une transparence sont réunies. Sans égalité de chance, sans la moindre transparence, nous n’allons pas cautionner une mascarade électorale où les vainqueurs sont déjà connus.

Quelle est la force de GCAP ? Il regroupe combien de partis politique ?

Max Kemkoye : Actuellement, le GCAP regroupe dix partis politiques. La force de GCAP vient du fait qu’au-delà d’être une coalition politique, il est un système, une machine politique reconnue sur le plan national et international. Il demeure le poil à gratter du pouvoir parce qu’ils ont tenté par tous les moyens de nous déstabiliser, démobiliser, diviser, dissoudre comme un carreau de sucre mais en vain. Le GCAP est inébranlable face au pouvoir vacillant de Déby fils.

A la présidentielle, vous avez appelé au boycott mais on dirait que votre appel n’a pas été suivi. La population était massivement sortie pour exprimer son choix. Ceci ne constitue-t-il pas un revers ?

Max Kemkoye : Où étiez-vous exactement ce 06 mai pour tirer cette conclusion ? J’étais sorti pour faire moi-même le constat. Je vous demande de réécouter les reportages des radios privées notamment ceux de la FM Liberté et Arc-en-ciel. Ces deux médias ont couvert le mouvement électoral du matin jusqu’au soir. Les gens ont parlé d’engouement mais en vérité il n’y avait pas eu une mobilisation le jour du vote. Les seuls engouements électoraux qu’il y avait eu lors des présidentielles au Tchad, c’était en 1996 et 2001. On n’a jamais eu une telle mobilisation jusqu’à nos jours ! J’ai encore les photos de plus de 400 bureaux de vote dans lesquels je me suis rendu de 6 heures à 11 heures. Dans la partie septentrionale du pays, à 8 heures il n’y avait plus de monde dans les bureaux de vote. Dans le désert du B.E.T (Sahara), ce fut le « vrai désert » électoral : zéro vote. MIDI, depuis son palais, a concocté son résultat en brandissant un chiffre affolant et ahurissant : plus de 1.200.000 votants en faveur du candidat MIDI dans son fief ! Au sud, avez-vous lu, vu ou écouté les reportages des journalistes à propos du vote à Moundou, Doba, Mandoul, etc. ? Dire que les Tchadiens sont sortis pour voter relève d’une cécité et d’une malhonnêteté.

Que diriez-vous de la campagne présidentielle qui avait drainé une marée humaine ?

Max Kemkoye : La campagne a certes fait sortir un monde mais cela ne s’est pas traduit le jour J du vote. Sur le plan politique, il y a d’abord deux choses : le hasard et la curiosité. La seconde, comme la faim qui chasse le loup hors du bois, a poussé le peuple à mettre le nez dehors et voir ces hommes politiques dont les médias en parlent. Pourquoi parle-t-on de la démobilisation électorale ? Beaucoup n’ont même pas leurs cartes d’électeur. A l’heure où nous parlons ces cartes sont par milliers chez les délégués des quartiers ! Parlons du referendum où le GCAP avait fortement milité pour le boycott. Le taux de participation était moins de 6%. Ce fut un désert électoral. Puis que les gens n’étaient pas sortis pour se procurer leurs cartes, comment peut-on parler d’engouement ? Certains pensaient que c’était dû à la forte chaleur et croyaient voir une foule dans l’après-midi ou le soir. Mais jusqu’à 19 heures, ce fut un autre désert électoral. Bref, le GCAP avait raison avant, pendant, après le referendum et a toujours raison lors de la mascarade présidentielle. Il n’y avait pas eu d’élection sur l’ensemble du territoire national. La commission électorale a tout simplement fabriqué les résultats qu’elle s’est précipitée pour présenter aux médias.

Après l’accord de Kinshasa entre Les Transformateurs et le Gouvernement et surtout après la présidentielle à laquelle vous n’avez pas participé, comment est votre relation en tant qu’entité politique avec le parti Les Transformateurs de Dr Succès Masra ?

Max Kemkoye : Depuis 2020, nous n’avons plus de contact avec Les Transformateurs. Notre partie est de l’opposition, comment voulez-vous que nous ayons un lien avec notre rival ou adversaire politique (parti au pouvoir).

Nous parlons du parti Les Transformateurs …

Max Kemkoye : Ils ne sont pas des opposants. Ce parti a servi un système qui a largué plus de 300 jeunes tchadiens dans l’autre monde sans être inquiété par la justice. Lorsqu’on est Le Premier Ministre d’un gouvernement, on est une marionnette du Président de la République. On exécute la décision du Chef de l’Exécutif. Sur cette base, peut-on être opposant et servir l’autre camp (le part au pouvoir) ? Ecoutez, on ne peut pas servir deux maîtres à la fois. L’on ne dîne pas à la table des Anges et des Démons. On finira toujours par trahir les uns ou les autres. Je vous donne une définition très succincte de l’opposition politique. Elle est l’ensemble des partis politiques qui ne participent pas à l’action du gouvernement et ne soutiennent pas sa politique de gouvernance. A travers cette définition, où se positionne le parti Les Transformateurs ?

A l’occasion de la fête de Tabaski, un imam (un prédicateur musulman) souhaiterait que l’instruction islamique soit enseignée obligatoirement dans les écoles. Qu’en pensez-vous ?

Max Kemkoye : Je suis un homme politique. Je ne veux pas me plonger dans les débats d’ordre religieux. En revanche, je voudrais demander à ce ministre d’Allah et aux autorités, quelle définition donnent-ils à la laïcité d’un Etat ? Au contraire, je souhaiterais qu’un cours d’éthique et de morale soit régulièrement dispensé aux autorités de ce pays qui s’adonnent aux actes immoraux, répugnant et dignes des films X dans leurs bureaux. C’est cette souillure, cette honte nationale qu’il fallait que les religieux essuient par leur parole.

En offrant son dos à la Russie, le Tchad à l’air de changer de cavalier. Que dites-vous de la relation Tchado-russe ? Comme le Mali, le Burkina et le Niger, le Tchad est-il prêt à tenter cette aventure ?

Max Kemkoye : Le cas de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) et celui du pouvoir MIDI ne sont pas identiques. Au Tchad, Déby fils fait un calcul macabre pour confisquer le pouvoir. Le mariage Tchado-russe n’est qu’une supercherie. Ce rapport n’est pas un rapprochement de deux Etats, deux peuples ! C’est un copinage entre un individu et son clan avec un autre Etat. En vérité, le très mal élu du palais Toumai subirait une pression des Occidentaux (France, Etats-Unis, …), donneurs de leçon de la démocratie et du respect des droits de l’Homme qui verraient d’un mauvais œil la prolongation dynastique. MIDI, de son côté, pour asseoir son pouvoir illégitime, cherche par toutes les voies un soutien de taille en guise de contre-force aux puissances de l’Ouest. Les valeurs démocratiques et questions relatives aux droits de l’homme ne figurent pas quotidiennement dans la « tasse de thé » du Président Putine. Du coup, le successeur du Maréchal Déby par le lien de sang qui a les mains couvertes de sang trouve auprès de la Russe un modèle, un moulage qui lui convient. Parallèlement au Mali et au Burkina-Faso sans omettre le Niger, le respect des droits humains n’est pas au cœur des décisions politiques. Là-bas, l’on fait des assisses en un jour pour une transition très élastique de cinq ans. Africains, soyons sérieux là. Pour une période de cinq ans, parle-t-on vraiment d’une transition. Comme si cela n’est pas encore suffisant, après cinq ans les mêmes acteurs de ladite transition ont le droit de se présenter aux élections ! Respectons-nous (Africains). Où sommes-nous là ? C’est cette insalubrité politique qui attire celui qui ne croit pas un seul instant à lâcher les rênes du pouvoir à s’approcher de l’Orient en l’occurrence la Russie où les questions relatives aux droits humains ne sont pas au premier plan.

Quels conseils pourriez-vous donner au peuple tchadien et surtout à cette jeunesse qui broie le noir ?

Max Kemkoye : Le peuple tchadien n’est pas dupe. Ce peuple et surtout sa jeunesse est bel et bien mature. Malheureusement, nous constatons que ce peuple dans sa généralité décide de subir. J’invite les Tchadiens à plus de responsabilité vis-à-vis des gouvernants sans quoi cette situation socio-politico-économique catastrophique va perdurer. Déjà, depuis quelques mois, nous subissons une cherté de vie sans précédent. Après plus de 20 ans d’exploitation des ressources pétrolières, il est incompréhensible et insupportable que nous soyons incapables de nous nourrir, abriter, soigner, vêtir et éduquer nos enfants. Il est temps de remettre le pendule à l’heure après trois décennies d’un système immonde qui casse nos pattes.

Merci, Monsieur le Président.

Max Kemkoye : C’est moi qui vous remercie.

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